CHRONIQUE

100% SAFARI

Par Stéphanie Gagnon

Trop beau pour être chassé!

Le Nyala. L’animal africain préféré de l’auteure.

Dans les salons de chasse et de plein air où nous présentons les différents forfaits disponibles chez Majeje Africa Safaris, il y a une phrase que j’entends régulièrement.

« Ça n’a pas de bon sens, tuer de beaux animaux de même! »

Ma réponse est généralement la même : « Ben… on en a des laids aussi. »

Ça fait rire et ça désamorce, mais derrière la blague se cache une question que je trouve réellement intéressante: pourquoi est-on davantage bouleversé à l’idée de chasser certains animaux que d’autres et surtout, depuis quand la beauté est-elle devenue un critère de gestion de la faune?

Je vous l’accorde, les animaux africains sont magnifiques. Le nyala (mon pref) avec sa grâce légendaire et son colori unique, un zèbre, un oryx, un impala… Pour nous qui avons grandi à des milliers de kilomètres de là, ils ont tous quelque chose de spectaculaire!

Mais avez-vous déjà pensé à ce que représente un orignal pour quelqu’un qui n’en a jamais vu? Deux mètres de haut, plusieurs centaines de livres, des bois gigantesques… C’est une bête absolument extraordinaire, nous ne la percevons simplement plus toujours de cette façon.

Il fait partie du décor. Comme le chevreuil ou l’ours. Changez de continent et le regard change. De nombreux sud-africains ne conçoivent pas qu’on puisse chasser l’ours. Pour eux, c’est un toutou attachant.

À l’inverse, le zèbre est presque intouchable parce qu’il est exotique à nos yeux de Québécois (je suspecte Alakazoo d’avoir une part de responsabilité là-dedans). Pourtant, pour un Sud-Africain qui en voit depuis son enfance, il fait partie de la faune locale exactement comme nos grands mammifères font partie de la nôtre.

Le zèbre fait partie des animaux que plusieurs québécois considèrent comme trop «beaux» pour être chassés…

Les animaux africains ne sont pas entrés dans notre imaginaire comme des populations animales à gérer. Ils sont arrivés avec des noms, comme Simba, Pumba…

Ils parlaient, chantaient, avaient des amis, des parents, des peines d’amour… On les a humanisés. Ça a donné une drôle de hiérarchie à notre empathie: un animal africain spectaculaire nous semble plus précieux qu’un animal d’ici parce que l’un nous émerveille encore alors que l’autre nous est familier.

Ça ne veut pas dire que tout peut être chassé partout et n’importe comment. Les réalités de conservation varient énormément d’une espèce à l’autre et c’est pour cette raison que la gestion de la faune doit reposer sur des données, des règles et l’état réel des populations, pas sur notre réaction devant une photo.

Une espèce n’est pas menacée parce qu’elle est belle. Mais je comprends parfaitement quelqu’un qui regarde la photo d’un koudou et pense: « Mon Dieu que c’est beau. » Je pense pareil. Mais je pense aussi qu’un orignal dans la brume d’un matin d’automne au Québec est une des plus belles choses qu’on puisse voir.

Bien que le Koudou soit une bête magnifique, pour l’auteure un orignal dans la brume du petit matin n’a rien à lui envier…

J’aime penser qu’avant de juger la relation qu’une autre culture entretient avec sa faune, ça vaut la peine de se demander quelle partie de notre réaction vient réellement de la conservation… et quelle partie vient simplement de notre propre imaginaire.

Je vais vous faire une confidence. J’étais persuadée que jamais, au grand jamais, je ne chasserais ces magnifiques animaux lors de mon premier séjour en Afrique du Sud. Je les trouvais trop beaux, trop majestueux…Finalement, j’ai découvert deux choses: que notre rapport à la faune est profondément culturel et que mes grands principes avaient un bon  décalage horaire!

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