POISSONS ENVAHISSANTS

Par Alain Cossette

Soyez avisé!

Malheureusement il existe des espèces piscicoles envahissantes au Québec.

LA CARPE COMMUNE

La carpe commune est un bel exemple d’une espèce exotique envahissante (EEE) qui a colonisé le corridor fluvial du St-Laurent et dont la population est bien établie au Québec. Comme déjà mentionné dans un article précédant, traditionnellement cette espèce était mieux connue sous le nom de carpe allemande mais dans les faits c’est le nom de carpe commune qu’on doit utiliser pour se référer à cette représentante de la famille des cyprinidés. Il faut savoir que cette espèce a été introduite en Amérique du Nord par l’homme à partir de spécimens en provenance de l’Allemagne dans les années 1870. Le but de son introduction était d’en faire de l’élevage et pour la pêche sportive en eau douce. De par son mode d’alimentation elle déracine la végétation ce qui a pour effet de rendre les eaux troubles et peut même provoquer une érosion des berges; en somme elle a modifié et continue à modifier l’écosystème de certains habitats aquatiques.

La fille de l’auteur Anaïs avec une belle carpe capturée il y a une dizaine d’année.

LES CARPES ENVAHISSANTES

Les carpes asiatiques sont une nouvelle menace à nos espèces indigènes et elles sont à notre porte; on parle ici de la carpe argentée, la carpe à grosse tête, la carpe de roseau et la carpe noire. Ces carpes ont été introduites dans le sud des États-Unis dans les années 1970 comme méthode de contrôle de prolifération d’algues, de plantes et d’escargots nuisibles dans les usines de traitement des eaux et les étangs d’aquaculture; ainsi que pour l’alimentation humaine. Et ce qui ne devait pas arriver arriva malheureusement! Des carpes asiatiques se sont échappées d’un bassin d’élevage lors de fortes inondations et ont nagé librement dans le fleuve Mississippi et dans les canaux créés par l’homme. Un chiffre qui démontre l’importance négative que cet envahissement a pu causer; elles représentent 90 % de la biomasse animale dans certains cours d’eau en Illinois. Afin de contrer l’arrivée de ces dernières dans les Grands Lacs par le Lac Michigan, deux barrières électriques ont été mises en place en 2002 et 2006 pour asséner des secousses non meurtrières aux poissons migrateurs afin de les faire changer de direction.

Pour ce qui est de la carpe de roseau, tout comme la carpe à grosse tête, elle serait déjà présente dans les Grands Lacs. Comble de malheur une carpe de roseau femelle de 29 kg (64 livres) a été capturée par un pêcheur commercial à Contrecoeur au Québec en 2017; espérons que cette dernière provenait d’un lâcher individuel.

Une carpe de roseau.

LA TANCHE

À ces dernières vous pouvez ajouter la tanche comme espèce de poisson envahissant omnivore qui est déjà en train d’envahir le Québec et elle se dirige tranquillement et sûrement vers l’Ontario. J’en ai moi-même récolté une à Batiscan alors que je pêchais la carpe commune et je sais qu’il y en a jusqu’à la rivière Chaudière dans la région de Québec. En allant pêcher le poisson castor et le lépisosté osseux dans le Lac St-François voilà à peine 6 ans j’en ai vu plusieurs groupes. Notre guide a confirmé qu’il en avait vu pour la première fois l’année d’avant et il était surpris de constater comment le nombre avait augmenté en si peu de temps. Le plus triste c’est qu’elle provient d’un éleveur qui l’avait importé illégalement d’Allemagne en 1986 et par la suite a été introduite accidentellement dans la rivière Richelieu en 1991.

Une tanche capturée par l’auteur dans le coin de Batiscan alors qu’il pêchait la carpe commune.

LES POISSONS ROUGES ET LA CARPE KOÏ

Une autre triste réalité qui a débuté il y a très longtemps consistait à relâcher dans des cours d’eau du Québec ses poissons d’aquarium au lieu de les donner ou les euthanasier. D’ailleurs, alors que j’étais étudiant au primaire (début des années 70) j’ai aperçu au Lac Long, au chalet de mon grand-père en Mauricie, un poisson rouge se promenant au bout du quai. À l’époque les gens étaient moins informés mais aujourd’hui l’information est beaucoup mieux diffusée…HEUREUSEMENT!

Au milieu des années 80 j’ai même rencontré un pêcheur qui avait capturé un piranha à ventre rouge dans la région de Montréal; à Chateauguay. Bien évidemment ce dernier provenait d’une remise à l’eau d’un poisson d’aquarium. Une belle espèce que je possédais moi-même dans mon appartement à cette époque.

Au début des années 80 un ami m’a montré un lac en terre familiale privée qui était rempli de poissons rouges dont il ignorait la provenance. Cette même année-là alors que je débutais mon baccalauréat à l’Université McGill à Ste-Anne-de-Bellevue le docteur Roger Bider nous avait fait part que le petit lac localisé sur les terres de l’Arboretum Morgan contenait des poissons rouges. Deux hypothèses s’offraient selon lui afin d’expliquer leur présence; soit qu’une personne y avait lâché intentionnellement des individus ou que des oiseaux en auraient capturés dans des bassins privés et les auraient échappés dans cet étang.

Voilà quatre ans j’ai aperçu des poissons Koï de belle grosseur dans un des lacs localisés à la Base de Plein Air de Ste-Foy. Selon le gestionnaire il y en aurait 6 et ce nombre n’a pas évolué…Ce à quoi je lui ai répondu qu’il était chanceux car probablement tous les individus sont du même sexe. Annuellement je prends des photos d’individus que je rencontre lors d’une promenade sur ce site. 

En passant la carpe koï est un poisson d’ornement originaire du Japon et la principale différence avec le poisson rouge ce sont la présence de barbillons. De plus le poisson rouge peut mesurer jusqu’à 30 cm alors que la carpe koï est plus grosse et peut atteindre les 60 cm à plus d’un mètre. Ce sont deux espèces dont la longévité est élevée; en effet les poissons rouges peuvent vivre de 15 à 30 ans alors que les carpes koï ont une espérance de vie pouvant atteindre les 50 ans et plus.

Pour votre information j’ai eu la chance de pêcher cette espèce lors d’un voyage en France alors que le but premier était la capture d’un silure; mais je n’ai pu résister à modifier ma façon de pêcher pour récolter de nouvelles espèces qui se trouvaient dans des bassins privés.

Carpe Koï aperçue à la Base de Plein Air de Ste-Foy (BPASF); à remarquer les barbillons.

LE GOBIE À TACHES NOIRES

Cette espèce exotique a été aperçue pour la première fois en 1990 dans la rivière St-Clair en Ontario et sachez que depuis ce temps elle a envahi les 5 Grands Lacs ainsi que le Québec tout le long du corridor fluvial. Ce gobie est arrivé en Amérique du Nord via l’eau de ballast des navires qui ont remonté le fleuve St-Laurent. Selon l’information retrouvée sur internet cette espèce est originaire des mers Noire, Caspienne et d’Azov situées entre la Turquie, l’Iran et le Kazakhstan. Malgré que ce soit un poisson de petite taille sa population est tellement élevée qu’il prend la niche écologique d’espèces endémiques de chez nous.

Alors que j’habitais sur le bord du fleuve dans la région de Québec, voilà une quinzaine d’année, j’ai été en contact avec le gobie à taches noires et cela est arrivé la première fois lors d’une marée basse alors que j’ai aperçu des individus prisonniers d’une flaque d’eau.

Vous vous devez d’aviser le ministère si vous rencontrez cette espèce hors du corridor fluvial car sachez qu’elle ne peut remonter un cours d’eau où il y a du courant.

Un gobie à taches noires.

ERIC ENGBRETSON, US FISH AND WILDLIFE SERVICE, BUGWOOD.ORG

INTRODUCTION D’ESPÈCES INDIGÈNES

Malgré ce que peuvent penser un bon nombre de personnes, de nombreux cours d’eau au Québec ont subi des impacts négatifs suite à une introduction d’espèces endémiques du Québec. Je pourrais donner comme exemple que de nombreux cours d’eau où régnait l’omble de fontaine se sont fait envahir par des mulets à cornes suite à l’utilisation de ces derniers comme poissons appâts. Les populations des ombles ont subi les effets négatifs en diminuant leur présence au niveau de la quantité.

D’autres pêcheurs, malheureusement, ont introduit des espèces connues tel que le brochet, le doré ou l’achigan dans des lacs où elles étaient absentes et tout cela pour leur propre bénéfice et au détriment des populations d’espèces endémiques à ces plans d’eau.

Parfois des populations d’une espèce ont été introduites dans un réseau afin de favoriser et de diversifier l’offre de pêche en oubliant qu’il peut y avoir une connexion avec d’autres cours d’eau en aval. Je vais ici vous donner un exemple de ce type d’introduction; le gouvernement du Québec a introduit du maskinongé dans quelques lacs de la réserve faunique de Portneuf et il est arrivé ce qui devait arriver. Des maskinongés ont dévalé ces cours d’eau pour aboutir dans la ZEC Bessonne.

Je me souviens encore du mécontentement des pêcheurs originaire de La Tuque lorsqu’ils ont capturés les premiers individus puisqu’ils se sont retrouvés dans des lacs où il y avait de grosses mouchetées en petit nombre et énormément de mulets à cornes. J’étais naïf à l’époque car j’étais bien heureux de croiser le fer avec une nouvelle espèce et j’étais à peu près le seul à chercher à le capturer et cela avec succès. Le pire c’est que j’ai vu la population des mulets presque réduite à néant; incroyable à mes yeux. Et ce n’est pas fini car le maskinongé a continué à envahir d’autres cours d’eau pour atteindre le Lac à Beauce puis la rivière St-Maurice. Et là Line Garceau, la conjointe de Louis Turbide du magazine, en récolte dans la rivière Matawin dans la Zec Chapeau-de-Paille. Donc lorsque des personnes introduisent une espèce dans un plan d’eau cela peut avoir des répercussions insoupçonnées et négatives sur de nombreux plans d’eau.

Maskinongé capturé par l’ami de l’auteur, Pierre Dorais, dans la réserve de Portneuf; à ce moment-là c’était le record de la réserve à plus de 20 livres.

LES PÊCHEURS ONT LE DEVOIR D’AVISER LE MINISTÈRE

En somme, il ne faut jamais faire des lâchers de poissons vivants dans nos lacs et rivières. Si vous voyez des espèces envahissantes je vous invite à contacter le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) au numéro 1 (877) 346-6763 ou par courriel.

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