ORIGNAL APPEL
Les réponses de mâle qui ne sont pas des réponses
Je guidais un chasseur un 6 octobre. J’effectuais une station d’appels en imitant une femelle depuis un bon vingt minutes lorsque nous avons entendu au loin des vocalises de mâle. J’imitais ce que je considérais être des appels de femelle en recherche de compagnie. J’émettais deux longues plaintes toutes les cinq minutes approximativement.
Je sais aujourd’hui que catégoriser ou déterminer avec précision ce que veulent dire les différentes vocalises des orignaux est utopique. Je crois qu’il est plus sage d’y aller avec des hypothèses et garder en tête qu’il y a une marge d’erreur.
Quels types de vocalises
Ce que je considère important de comprendre, c’est qu’il y a des vocalises qui sont des appels et d’autres qui sont des vocalises de communication entre les bêtes. Il y a aussi des vocalises d’humeur pouvant être produites par tous les orignaux et qui sont particulièrement faciles à reconnaître chez les mâles entre le 5 septembre et le 15 octobre. Les vocalises de mâles sont les plus importantes à reconnaître et à en identifier le sens du message. Nous avons donc, selon moi, trois types de vocalises bien différentes.
Je ne veux pas décortiquer précisément tous les types de vocalises mais bien de vous faire prendre conscience qu’il y a une différence entre les trois types.
Bien des fois, nous nous servons de vocalises pour appeler les orignaux, mais il faut être vif d’esprit et se souvenir que nous n’imitons pas un animal qui appelle un autre animal. Il faut s’en souvenir pour reproduire un scénario logique pour arriver à influencer les bêtes et nous amener au contact visuel avec le ou les bêtes qui nous entendent. Entre eux, ils savent instinctivement faire la différence.
Les mâles émettent souvent ce que j’appelle des grognements d’humeur en se déplaçant. Plusieurs croient que les mâles qui «callent» en se déplaçant, émettent ces vocalises dans le but d’appeler les femelles qui pourraient les entendre. Je suis plutôt d’avis qu’ils produisent ces vocalises instinctivement et que ce n’est que leur humeur du moment qui ressort de cette démarche (vidéo 1).
Vidéo 1 : Réponse qui n’est pas une réponse
Trois types de vocalises de mâles
Il y a trois types de vocalises de mâle que je considère importantes à savoir reconnaître et à associer à un comportement de situation. Il y a des vocalises qui sont produites en doubles sons (« Coub-weu » ou « Coub-whois »). La même vocalise produite en son simple; (« Bweu, ou Bois »). Selon moi leurs significations peuvent être exactement les mêmes, mais dans plusieurs cas les mâles étant plus excités ou choqués produisent plus souvent des vocalises en doubles sons. Enfin, il y a les vocalises d’excitation ou de séduction qui sonnent plus en (« Eurff, Eurff »).
Je suis plutôt d’avis que pour la chasse, il n’est pas nécessaire d’imiter les doubles sons que les mâles produisent avec une succion de la langue au palet. Je suis convaincu que le réalisme de sons simples est suffisant pour mener une chasse à terme. Il faut faire attention à ne pas chercher à impressionner les chasseurs qui vous accompagnent mais bien faire croire aux orignaux que vous rencontrerez que vous êtes bien un orignal! Aussi, il ne faut surtout pas croire que lorsqu’un mâle émet des calls en deux syllabes que cela signifie que l’orignal est automatiquement en interaction d’agressivité ou de provocation. Les mâles émettent souvent des vocalises doubles en étant seuls, accompagnés de femelles et relativement souvent, à l’arrêt. (voir vidéo 2). Pourquoi émettraient-ils des sons d’agressivité lorsqu’ils sont accompagnés d’une femelle réceptive?
Vidéo 2 : vocalise double seul et en couple.
Exemple d’interaction avec un buck
Après approximativement 10 minutes d’échanges, le mâle qui me répondait impulsivement très rapidement et régulièrement, s’immobilisa à 50 mètres de nous. Nous étions sous un couvert trop dense pour le voir. Je n’ai donc pas eu le choix d’envoyer un autre appel. Cette fois, j’ai émis un gémissement qui je croyais fortement imitait une femelle réceptive. Le mâle reprit immédiatement la marche d’un pas régulier rapide, en émettant encore une fois les mêmes vocalises qu’il émettait en nous approchant.
Cette fois, cependant, au lieu de progresser en ligne droite vers nous, il nous contourna en gardant toujours 50 mètres de distance entre lui et nous. Si le mâle nous contournait, ce n’était pas parce qu’il doutait que nous étions des humains, sinon il n’aurait pas marché plus d’un kilomètre pour nous rejoindre. Il fit une grande boucle en demi-lune autour de nous sans jamais arrêter de vocaliser et retourna pratiquement sur ses pas. Ce qui m’avait fasciné est que même après être reparti, il continuait de vocaliser et ce jusqu’à ce qu’il soit trop loin pour que nos oreilles puissent l’entendre.
Que s’était-il passé, pourquoi l’avons-nous manqué! Quelques saisons plus tard, j’ai finalement compris.
Ce buck était venu chercher la femelle qu’il croyait sur place. Mais ce mâle était soit fatigué ou peut-être même blessé à la suite des combats des jours précédents. Il était venu inviter fortement la femelle à le suivre mais ne voulait aucunement d’interaction de confrontation avec un autre mâle. Pourtant, j’imitais des plaintes que j’attribuais à une femelle que je croyais seule. Qu’aurions-nous dû faire pour réussir cette chasse, je vous le livrerai dans un futur article. En attendant, je vous laisse analyser le tout pour faire travailler vos neurones de chasseur.
Analyse avec des caméras de surveillance
Un des problèmes que nous rencontrons est que nous y allons d’hypothèses et non d’interprétations scientifiques de la communication des orignaux. Aujourd’hui, et ce depuis plus de 10 ans, j’étudie l’orignal à l’aide de nombreuses caméras de surveillance. J’ai donc analysé les comportements des bêtes sans l’influence humaine.
Saviez-vous que 90 % et peut-être même 95% du temps, une femelle n’émet pas de plaintes lorsqu’elle est seule. Les mâles, eux, savent très bien qu’une femelle n’appelle ou ne gémit pratiquement jamais en étant seule, retenez-le. Je ne suis pas le seul professionnel de mon domaine à émettre cette hypothèse.
Selon l’auteur la grande majorité du temps une femelle qui émet des plaintes est accompagnée.
Deux faits intéressants !
À force d’analyser des milliers de vidéos de caméras de surveillance sur lesquels il y a des mâles, je constate qu’ils produisent nettement plus de vocalises d’humeur, « Coubweu » en étant seuls et particulièrement en déplacement que lorsqu’ils sont accompagnés.
Aussi lorsqu’ils sont statiques ou en déplacement lent, avec une femelle, s’ils vocalisent, ils émettent majoritairement des vocalises de séduction. Il est bon de noter que peu importe leurs démarches, ils sont, selon moi, 50% au minimum du temps sans production de vocalises.
Ce qu’il faut retenir est que les bucks peuvent émettre des vocalises en étant seul ou accompagné. Ce qui est difficile, c’est de déterminer s’il vous répond ou s’il émet des vocalises suite à la réaction de d’autres bêtes à proximité ou en réagissant aux stimulations que vous produisez.
Bonne saison à tous !
L’auteur émettant quelques plaintes de femelles dans les dernières minutes de chasse de la journée !

