CHEVREUIL

Texte, photos et vidéos
Charles-Henri Dorris

Caméras de surveillance : laissez-les travailler…

À mes débuts d’utilisateur de caméra de surveillance, je faisais un peu comme tous les autres chasseurs. J’en plaçais sur les salines, mes sites d’appâts, sur des grattages et de faux grattages. Étant un chasseur, constamment en recherche de nouvelles options, pour installer mes miradors portables et surtout que je savais très bien qu’aux sites d’appâts, mes chances de prélever de vieux spécimens n’étaient pas terribles, je me suis mis à installer des caméras sur des sentiers de chevreuils. Un peu comme tout le monde, je retournais récupérer mes cartes mémoires après une à deux semaines de surveillance par cette caméra.

De retour devant mon ordinateur, j’analysais les photos obtenues. C’est aussi à cette période de ma carrière que j’ai réalisé vraiment que même si les cerfs de Virginie sont considérés comme des animaux routiniers, ils ne le sont pas vraiment dans l’utilisation précise de sentiers. Aujourd’hui je sais très bien qu’un individu particulier où même un groupe d’individus peut être quelques jours dans un même secteur, sans toutefois utiliser régulièrement les mêmes sentiers ou routes d’accès à certains sites nourriciers.

Par la suite, souvent, si une caméra ne me rapportait que peu de photos de bucks ou que ceux-ci étaient de nuit, je la changeais d’endroit sur le territoire. J’abandonnais donc l’étude de ce dernier sentier en concluant qu’il ne valait pas la peine d’être surveillé à la chasse.

Sentier de chevreuil découvert au printemps par l’auteur. L’absence de feuilles dans la «trail» est la preuve de son utilisation fréquente. Genre de sentier qu’un mâle mature pourrait bien emprunter durant la période de chasse.

Étudier des sentiers pendant trois ans…

En 2012, je possédais 35 caméras pour ma propre utilisation. C’est à cette période que j’ai pris une décision. Lorsque j’installais une caméra sur un sentier de cerf, un entonnoir ou une transition, je ne la déplaçais pas avant trois ans. Oui, vous avez bien lu: trois ans.

Dorénavant lorsqu’il trouve un sentier de chevreuil qui semble valoir la peine, l’auteur n’hésite pas à laisser ses caméras épier l’endroit pendant trois années.

Aujourd’hui lors de mes journées d’analyses de terrain avec des clients, il n’est vraiment pas rare que je reconnaisse des sentiers qui méritent d’être étudiés 3 ans pour éventuellement être chassé en période de rut. À ce moment, je pose souvent la question suivante à mes clients d’analyse et de «coaching de chasse» :

«Si je te disais qu’ici sur ce sentier de cerfs bien marqué dans le sol et sans qu’aucun signe de pré-rut et de rut ne soit vraiment frais et visible; entre les 12 et 22 novembre, il y passera deux des mâles intéressants du domaine vital des chevreuils du secteur que tu chasses pendant les heures de jour. Mais que peu ou aucun autre cerf n’y passera. Serais-tu prêt à  y faire de l’affût d’une noirceur à l’autre pendant 10 jours?»

Sur pratiquement tous les terrains que j’ai marché au Québec et dans l’ouest Canadien depuis que j’applique cette façon d’analyser, je remarque ce type de sentier ou de passe à chevreuil.

Sur presque tous les territoires de chasse qu’il a pu analyser il a découvert de bonnes passes où invariablement des mâles matures finissent par passer durant le jour pendant la période de chasse. Voir exemple d’un bon sentier dans la vidéo ci-haut.

Nous les humains, cherchons les signes qui sont très évidents et nous chassons toujours aux mêmes endroits. Par contre, nous  laissons  nos odeurs à ces mêmes endroits. Les mâles d’expérience apprennent ainsi à nous éviter. Cette particularité est selon mon opinion encore plus évidente là où la pression de chasse est forte et où l’appâtage est fortement  utilisé.

Peu de signes = peu de présence humaine

Où il y a peu de signes, il y a peu d’humains, ce qui met donc les chevreuils en confiance pour y circuler de jour…

Bien que la présence de signes tels que les grattages ou les frottages augmentent mon degré de confiance, je n’arrête pas mon analyse s’il n’y en a pas. En période de rut, les mâles matures parcourent de très grandes distances à la recherche de femelles à l’intérieur de leurs domaines vitaux respectifs. Ils savent très bien où sont les sites d’appâts le jour et comment les contourner.  Leurs déplacements sont  imprévisibles et encore plus leur provenance et leur direction prochaine. Ils sont donc  difficiles, voire impossibles à patronner pour le chasseur. Ce qui est intéressant c’est de comprendre que si les  mâles sont imprévisibles, il leur est donc aussi pratiquement impossible de prévoir où vous les attendrez; caché tel un vrai prédateur. Attendez-les justement où  ils sont irréguliers et imprévisibles.

Vidéo de deux excellentes passes à chevreuil découvertes en Alberta par l’auteur. Remarquez comment les chevreuils y passent régulièrement de jour.

L’explication du 3 ans

J’ignore si maintenant vous comprenez pourquoi j’insiste sur le fait d’étudier au minimum pour une période de 3 ans un tel sentier. Pour faciliter la compréhension, voici mon raisonnement simplifié sur la question. Notez que ces dates sont approximatives avec une marge d’erreur de plus ou moins 3 jours.

Le  «rut  de chasse» commence vers le 12 novembre pour s’étirer jusqu’au 22 novembre. Entre les 12 et 22 novembre, les mâles accouplent donc plusieurs biches différentes à l’intérieur de leurs domaines vitaux. Pour ce faire, ils n’auront aucun autre choix que de parcourir de longues distances à la recherche de ces dernières. Ils sont actifs environ 20h sur 24h. Indirectement leurs déplacements ont lieu de manière à éviter les endroits où les odeurs humaines et les odeurs de communication de stress que les cerfs laissent eux-mêmes dans l’environnement… Ils passeront en dehors de ces zones le jour. J’imagine que maintenant vous comprenez où je veux en venir.

La patience est de mise et rapporte partout. J’ai marché de tout petits territoires de moins de 20 acres, sur lesquels il y avait de tels sentiers, pour y attendre patiemment un trophée local.

Imaginez si pendant trois ans, vous avez surveillé à l’aide d’une caméra de surveillance un sentier, un entonnoir ou une belle transition et qu’après trois ans vous arrivez à la conclusion que tous les ans, entre les 12 et 22 novembre, deux mâles matures différents passent de jour devant cette caméra. Seriez-vous prêt à prendre 10 jours de vacances pour surveiller cette passe d’une noirceur à l’autre en étant convaincu que cela paiera tôt ou tard.

Voilà comment je chasse régulièrement le chevreuil à l’affût et ce partout où j’ai la chance de le chasser. Je suis convaincu que maintenant vous me comprenez.

Lorsque c’est possible, une bonne manière de circuler vers un site d’affût dans une bonne passe consiste à marcher dans un ruisseau. Cela évite de laisser des odeurs indésirables.

Le mot de la fin

Les caméras sont des outils souvent mal utilisés ou sous-utilisés. Sacrifiez une ou quelques caméras pour des périodes de 3 ans est un investissement dans la connaissance et l’augmentation de votre degré de confiance. Et le plus beau de l’histoire c’est que souvent sur un même territoire; il y a plus d’une passe similaire. À vous de les découvrir!

Bonne saison!

Buck récolté par Olivier Brais sur une passe à chevreuil grâce aux conseils de l’auteur.

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